Jules
Verne nait à Nantes en 1828. En 1881, il écrit, parmi
"Les voyages extraordinaires", un roman intitulé
"La Jangada", ce mot étant entré dans la
langue française huit ans auparavant!
Voyons
la description que Jules Verne fait, dans son roman, des bateaux
sillonnant l'Amazonie:
"Ces embarcations étaient des « ubas »,
sorte de pirogues faites d’un tronc creusé au feu et
à la hache, pointues et légères de l’avant,
lourdes et arrondies de l’arrière, pouvant porter de
un à douze rameurs, et prendre jusqu’à trois
ou quatre tonneaux de marchandises ; des « égariteas
», grossièrement construites, largement façonnées,
recouvertes en partie dans leur milieu d’un toit de feuillage,
qui laisse libre en abord une coursive sur laquelle se placent les
pagayeurs ; des « jangadas », sorte de radeaux
informes, actionnés par une voile triangulaire et supportant
la cabane de paillis, qui sert de maison flottante à l’Indien
et à sa famille".
A
part la voile triangulaire, cette description ressemble beaucoup
aux gabarres que Jules Verne a sûrement vues dans sa jeunesse
voguer sur la Loire! En voici une photo:

Dans
son roman, il décrit ensuite la construction "d'un
énorme train,- que serait une de ces jangadas ou radeaux
du fleuve, à laquelle on donnerait les dimensions d’un
îlot", utilisé par ses héros pour
descendre l'Amazonie.
La
jangada de Jules Verne est constituée de troncs liés
ensemble par des lianes piaçaba suivant les mêmes techniques
des indigènes sur leurs jangadas traditionnelles. Mais loin
des jangadas maritimes de 8m, son radeau mesure 1000 pieds de longueur
et 60 de large! A l'arrière ont été installés
une maison de maître bourgeoisement meublée avec 5
chambres, véranda et jardin, des baraquements destinés
au logement de 40 indiens et 40 noirs, des magasins remplis jusqu'à
la gorge, au milieu une chapelle et un presbytère et à
l'avant, un poste de pilotage.
Bref,
un village flottant ! Il est vrai qu'une des définitions
du mot jangada en portugais est un train de bois flottant.
...Et
à la fin de son roman, la Jangada arrive
en fanfare à Belem...un nom brésilien
bien connu des Nantais!...
(Textes
complets du roman "La jangada"... voir page "romans")
Inspirations
de Jules Verne:
Les
romans de Jules Verne sur le Brésil sont rares mais par contre
la description dans "La Jangada" des ressources de l'Amazonie,
des mœurs locales est assez riche. On peut se demander d'où
proviennent l'inspiration et la documentation qui ont permis l'écriture
d'un tel roman.
En
1843 un Péruvien José Manuel Valdez y Palacios
, pour raisons politiques, est forcé à fuir le Pérou
et se réfugie au Brésil. Il relate dans un livre "Viagem
da cidade do Cuzco a de Belem do Grão Para" (fichier
pdf) écrit en portugais et édité en 1844-46
à Rio de Janeiro, son voyage de Cuzco jusqu'à Belem
en suivant en radeau le cours de l'Amazone. (désolé,
le livre, édité par la bibliothèque Nationale
du Pérou, n'existe qu'en espagnol!).
Dans
le roman "La Jangada", édité en 1881, un
des héros s'appelle Manoel Valdez, est brésilien
et la jangada descend jusqu'à Belem du Pará. Il existe
en effet beaucoup de similitudes.
Comment
Jules Verne a-t-il eu connaissance de ce récit écrit
seulement en portugais ? (Il n'a été traduit en espagnol
qu'en 1971).
En 1850, José Manuel Valdez aurait fait des études
à Paris. La même année, dans la même ville,
Jules Verne passe sa thèse de droit. Se seraient-ils rencontrés
?
Une bonne partie du récit de José Manuel Valdez est
introuvable...Des recherches restent à faire...
Une
étude intéressante du professeur Amayo Enrique de
l'université de São Paulo: "L'Amazone
et le Pacifique dans LA JANGADA de Jules Verne. Une vision eurocentrique.
Le romancier français a-t-il eu connaissance des écrits
du péruvien Valdez y Palacios?" (fichier pdf)
( en espagnol seulement, ...pour le moment!)
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